La cédille

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Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
[Racine, Andromaque, acte V, scène 5]

Non, je ne vais pas vous parler théâtre classique, ni serpents africains, ni allitérations (quoique ce serait un sujet intéressant), mais cédille. Oui, cédille, cette petite chose magique qui vous fait entendre un -s là où vous voyez une sorte de -c assis sur une serpe

La cédille n’est pas une spécialité française, bien que les spécificités/difficultés orthographiques ne manquent pas dans notre chère langue. Son nom vient de l’espagnol cedilla qui signifie « petit -z ». Elle peut être placée sous différentes lettres dans différentes langues, mais seulement sous le -c en français moderne.
La graphie de la cédille provient de l’écriture Wisigothique (les Wisigoths étaient un peuple de la période des Grandes Invasions (400-700), dont le nom signifie Goths de l’Ouest). On voit sur l’illustration que la cédille était d’abord un -z souscrit sous un -c, avant de devenir le petit signe qu’on connaît aujourd’hui.

Cédille

Dès le VIIIème siècle, la cédille existait en français ; toutefois, selon Jean Dubois [linguiste français], les copistes préféraient ajouter une voyelle pour transformer le son -c en son -s, comme dans « receut » ou « aperceut ».

La première « définition » du -ç en usage en français est donnée par Geoffroy Tory, imprimeur du roi François Ier en 1529 : 

« C devant O, en pronunciation et langage francois, aucunesfois est solide, comme en disant coquin, coquard, coq, coquillard; aucunesfois est exile, comme en disant garcon, macon, francois, et aultres semblables. »

L’introduction de ce nouveau caractère dans la langue française fut une manière efficace de différencier les deux usages du -c : tantôt il est prononcé /k/ [comme dans canon] s’il précède un -a, un -o, ou un -u ; tantôt il est prononcé /s/ [comme dans cendre] s’il précède une autre voyelle. La cédille évite une dissociation entre les mots et leur origine étymologique, qui aurait eu lieu si le -c précédant une voyelle autre que -a, -o ou -u avait été, par exemple, remplacé par un -s.

Aujourd’hui, le -ç est en danger. Le -Ç l’est encore plus. Qui prend la peine d’écrire « Ça va » dans un sms, dans une conversation de messagerie instantanée ? Il est déjà bien difficile de savoir comment y accéder sur un clavier (au moins pour le -Ç majuscule). Pour information, il est dans les caractères spéciaux si vous êtes sur PC, ou bien il suffit de taper Alt+9 (la touche du -ç minuscule) sur Mac. Pourtant, il est plus facile aujourd’hui d’utiliser ce fameux -ç : au début de l’ordinateur, les claviers produits par des entreprises américaines ne connaissaient aucun des caractères spéciaux comme le tréma ou la cédille… rien !

Snøball

Publié le 17/01/2012 par
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