Ma visite de l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale

Notez cet article :

Le jeudi 20 avril, j’ai eu la chance d’aller visiter les laboratoires de l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN) à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). Durant cette journée exceptionnelle, j’ai pu découvrir quelques aspects du travail des scientifiques qui luttent sans relâche pour notre sécurité. Je vous laisse en découvrir un peu plus sur eux dans cet article !

1) Présentation de l’IRCGN

Site IRCGN

L’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale a été créé en 1987 et portait à l’époque le nom de Section technique d’investigation criminelle de la Gendarmerie (STICG). Initialement basé à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le site a été déplacé à Cergy-Pontoise en 2015 afin d’améliorer l’efficacité des investigations. En effet, les scientifiques eux-mêmes ont contribué à l’élaboration des plans, de manière à optimiser leur espace de travail et les interactions entre les différents pôles.
L’IRCGN fait partie du pôle judiciaire de la Gendarmerie nationale et est un site regroupant l’ensemble des sciences forensiques (ensemble des principes scientifiques et des techniques appliqués à l’investigation criminelle) nécessaires au bon déroulement de chaque enquête.

Ainsi, l’institut est organisé en quatre grandes divisions :
la division criminalistique physique et chimie (activités physicochimiques, balistique, microanalyse, environnement-incendies-explosifs, toxicologie) ;
la division criminalistique ingénierie et numérique (activités liées à l’ingénierie et aux nouvelles technologies) ;
la division criminalistique identification humaine (odontologie, médecine légale, anthropologie, hématomorphologie, étude de la faune et de la flore forensiques, empreintes digitales) ;
la division criminalistique biologie et génétique.

À cela s’ajoutent un service interprétation des données, un service saisine scellés (en droit, la saisine est l’appel ou le recours à un organe juridictionnel ou à une autorité de police) et un service assurance qualité. La grande force de ce site est sa pluridisplinarité : l’intégralité des compétences criminalistiques sont réunies au même endroit. De plus, même si cela n’est pas une priorité, certaines unités possèdent un service de recherche : ainsi des études sont par exemple réalisées pour identifier la signature chimique d’un individu. Il s’agit plus simplement de l’odeur que laisse une personne sur une scène de crime, indice qu’aucun appareil n’est capable de traiter efficacement à l’heure actuelle.

En tout, ce sont plus de 500 personnes, civils ou militaires, qui s’activent chaque jour sur ce site. Les différentes équipes apportent leur contribution dans des enquêtes se déroulant partout en France (comme lors du crash du vol 9525 de la Germanwings) et même à l’international (identification des personnes décédées à la suite du tsunami en Thaïlande en 2004, par exemple).

 

2) Ma visite de l’IRCGN

a) L’arrivée sur le site

C’est avec énormément d’impatience que je suis arrivée à 9 heures pétantes devant le site de l’IRGCN. Je suis en effet passionnée de sciences criminelles et plus particulièrement de médecine légale, et participer à cette visite représentait pour moi plus qu’une chance, mais bien la réalisation d’un rêve !

site

J’étais la première arrivée d’un groupe d’une vingtaine de personnes – étudiants en chimie et accompagnateurs dont je faisais partie – et j’ai tout de suite été très intimidée par la structure du site et par les personnes en uniforme qui sont venues m’accueillir. Tout est bien entendu extrêmement sécurisé, mais le plus impressionnant est la taille du site. Il ressemble réellement à un petit village : outre les énormes bâtiments abritant chacun une ou plusieurs activités (informatique, balistique, médecine légale…), on peut aussi voir des petites maisons : les militaires possèdent leur logement de fonction à l’intérieur même du site.

Une fois tout le monde arrivé, on nous emmène dans un petit bâtiment flambant neuf qui se trouve à l’opposé de l’entrée et on nous installe dans un grand amphithéâtre très confortable. Là, une vidéo de présentation très intéressante de l’IRCGN nous est diffusée, et on nous explique le déroulement de cette journée. Étant donné notre spécialité, cette visite sera consacrée particulièrement à tout ce qui concerne la chimie avec également un passage dans les laboratoires de médecine légale dans l’après-midi. Autant dire que je suis conquise ! Même si les personnes qui nous reçoivent sont impressionnantes dans leur uniforme, l’accueil qu’ils nous réservent est particulièrement chaleureux et ils ont toujours le mot pour rire. L’humour est leur seule arme contre l’horreur à laquelle ils sont confrontés tous les jours.

b) Visite du département Environnement Incendies Explosifs

On enfile des blouses jetables et c’est parti direction le bâtiment abritant les laboratoires de chimie ! Là, nous nous divisons en trois groupes afin de pouvoir entrer plus facilement dans les différentes pièces et rendre la visite plus interactive. Avec mon groupe, nous nous rendons vers le secteur spécialisé dans les explosifs. Au mur, des posters expliquent les différentes étapes pour analyser les poudres récoltées dans les cratères à la suite d’une explosion. S’il n’y a pas de cratère, des échantillons sont prélevés par frottis sur les surfaces dures. Le scientifique qui nous explique son travail semble réellement passionné et, bien que le sujet ne m’intéressait pas forcément au premier abord, il a su le rendre particulièrement intéressant. Il nous raconte par exemple qu’on rencontre trois types d’explosifs : les explosifs militaires, industriels et artisanaux. Le travail principal de cette équipe est d’identifier la poudre en suivant toujours dans le même ordre des étapes correspondant à différentes analyses chimiques. Ils étudient également les débris afin de reconstituer l’engin explosif et de retracer son histoire.

Nous nous dirigeons ensuite vers un couloir menant à la zone où sont étudiés les restes des incendies. Sur la table du premier laboratoire, à quelques centimètres de nous, se trouve un sac qui semble contenir de la terre carbonisée. On peut y voir des bâtons et des restes de tissu brûlé. Le scientifique qui nous accueille nous informe qu’il s’agit des restes d’un corps retrouvé dans une grange après un incendie. Ça jette tout de suite un froid dans l’assemblée ! Il nous explique ensuite le fonctionnement des laboratoires. Tout est extrêmement bien organisé. Comme dans tous les départements qui nécessitent une analyse chimique des scellés, on trouve quatre laboratoires principaux : un pour la préparation des échantillons solides, un pour leurs analyses, un pour la préparation des échantillons volatils et enfin, un pour les analyses de ces derniers. Ainsi, il n’y a aucun risque de contamination des scellés, qui pourrait avoir de graves conséquences sur les enquêtes. Encore une fois, je remarque que tout a été extrêmement bien pensé.

Pour finir la visite de ce département, nous nous rendons dans les laboratoire nommés environnement et analyses chimiques. Une femme nous accueille, c’est la seule personne que nous verrons qui ne porte pas l’uniforme sous sa blouse et qui n’est donc pas militaire. Je suis impressionnée par le travail réalisé dans ce service où ils sont littéralement plongés dans l’inconnu. Lorsque les scellées arrivent, ils n’ont aucune idée de ce qu’ils vont trouver dedans, c’est à eux de l’identifier par tous les moyens dont ils disposent. Ils doivent par exemple retrouver la structure de nouveaux stupéfiants. En effet, la loi n’interdit que certaines substances ou familles de substances, et il est très facile pour des chimistes organiciens d’inventer de nouvelles drogues et de les commercialiser en toute légalité. Pour faire modifier les classifications dans la loi, les scientifiques de l’IRCGN analysent sans cesse les nouvelles molécules trouvées par les drug designers. Ils sont également amenés à analyser les détergents afin de déterminer si une scène de crime a été nettoyée. Mais ce qui m’a le plus surprise est qu’ils ont un laboratoire dédié à l’analyse des lettres piégées. Ils en reçoivent énormément. Une phrase qui nous a été dite pour illustrer cela et qui m’a le plus marquée est la suivante : « Vous n’imaginez pas à quel point les gens veulent du mal aux autres ». Ça fait froid dans le dos. En parcourant leurs laboratoires, je suis également subjuguée par les appareils de chimie analytique, ultramodernes et parfois uniques en France voire en Europe, dont ils disposent : spectromètres infrarouge et ultraviolet, chromatographes de toutes sortes et même laser… j’avoue avoir été un peu jalouse !

c) Visite des départements toxicologie et microanalyses

Je retrouve les autres groupes et nous changeons d’étage, direction le département de toxicologie. Ici, les deux grandes spécialités sont la recherche de stupéfiants et l’analyse de la matrice biologique (sang, cheveux, etc.) pour y déceler des traces d’alcool ou de drogues, par exemple. Cela permet notamment, en complément des interventions de la médecine légale, d’identifier les causes d’une mort suspecte (empoisonnement, noyade) ou de savoir si la personne était sous l’influence d’une substance. En ce qui concerne la recherche de stupéfiants, les scientifiques analysent tout particulièrement les billets de banque. Cela m’a énormément surprise, mais au bout de cinq échanges, tous les billets sont contaminés par la cocaïne ! Ils représentent donc un indice précieux pour remonter à un réseau de trafiquants.

Analyse composés biologiques

Nous nous dirigeons ensuite vers le département microanalyses. Il est divisé en six grands thèmes principaux :
– l’analyse des traces d’outils ;
– l’analyse des fragments de verre ;
– l’analyse des fibres ;
– l’analyse des résidus de tir ;
– l’analyse des lampes à incandescence dans le cas des accidents de la route (cela permet de savoir si les phares étaient allumés au moment de l’accident) ;
– l’analyse des éléments pileux (cheveux et poils dont l’origine humaine ou animale est à déterminer) ;
– l’analyse des sols.

Dans ce département sont donc étudiés des éléments macroscopiques (c’est-à-dire visibles à l’œil nu) voire microscopiques. L’accessoire indispensable aux différents laboratoires est donc le microscope (notamment le microscope électronique à balayage) ! La partie qui m’a le plus fascinée dans cette visite est celle sur les traces d’outils. En effet, même si cela est difficile à imaginer, chaque outil, même issu du même constructeur et du même numéro de série a une empreinte unique, son propre ADN dans un sens ! Il s’agit en réalité de microdéfauts qui résultent de son utilisation. Ainsi, en analysant les microstries laissées sur un support, on peut identifier à coup sûr l’outil qui a été utilisé ! Personnellement, je trouve ça fascinant.

Analyse des microstries

C’est sur cette visite que s’achevait le programme de la matinée. Nous sommes donc allés tous ensemble déjeuner dans la cantine du site. C’était une sensation très étrange d’être les seuls habillés en civil au milieu de toutes ces personnes en uniforme. Autant dire qu’on se faisait remarquer !

d) Visite du département balistique

On remet les blouses jetables et c’est parti en direction d’un nouveau bâtiment qui abrite le département de la balistique. Lorsqu’on rentre, on a l’impression de voir un décor de film. La pièce est immense, tout en longueur. Les murs, le sol et le plafond sont recouverts entièrement de polystyrène noir et des cibles sont accrochées au mur. Différents appareils sont placés de part et d’autre de la salle : tunnel de tir, stand de tir à 15 m et à 30 m, appareil permettant de déterminer la distance de tir, etc. Au fond de la salle, se trouve même une petite pièce dont le mur entier est fait d’une vitre comme on peut voir dans les films américains !

 Stand de tir    Analyse d'un impact balistique

Mais la partie la plus impressionnante se trouve au sous-sol : il s’agit d’une immense salle où l’IRCGN entrepose sa collection d’armes. Cela ressemble à une bibliothèque remplie d’archives, mais au lieu des livres et des documents, ce sont environ 10 000 armes qui sont alignées dans les rangées. Et il y a de tout ! Du fusil au revolver en passant par la mitrailleuse, le lance rocket et même le lance-patates, la collection est immense. C’est difficile à imaginer, mais la plupart de ces armes ont été saisies en France (et particulièrement en Guyane). Il y a des modèles extrêmement artisanaux et de magnifiques pistolets du XVIIIe siècle. Bref, on est tous restés bouche bée devant cette collection.

Collection armes

e) Visite du département médecine légale, odontologie et anthropologie

Voilà le moment que j’attendais avec impatience et je n’ai pas été déçue : la visite de la médecine légale.

La première pièce dans laquelle nous avons pénétré était assez petite. Au milieu, se trouvait un appareil que seul l’IRCGN possède en France pour la médecine légale : un scanner corps entier. Absolument tous les os et cadavres qui arrivent sur le site passent par ce scanner ! Cela permet d’identifier plus rapidement la cause de la mort et de savoir où chercher lors de l’autopsie. Justement, la salle suivante est celle où sont autopsiés les corps. Il y a deux grandes tables, sur l’une d’entre elle se trouvait un squelette entier qu’une anthropologiste était en train de photographier. C’était très intéressant de la regarder travailler. Nous nous sommes ensuite dirigés vers une très grande salle dans laquelle se trouvait une immense table de travail. Là, des centaines d’ossements et de crânes étaient entreposés et, en regardant bien, on pouvait même apercevoir des petits asticots gigoter à certains endroits ! Encore une fois, c’était impressionnant, et les explications données par le médecin légiste étaient elles aussi extrêmement intéressantes. Étant donné qu’il s’agit de la gendarmerie, ils sont amenés à traiter plus d’enquêtes en campagne que dans les villes. Les cadavres qu’ils retrouvent sont donc pour la plupart grandement décomposés. Ainsi, leur travail initial est de savoir si la mort est récente ou si ce sont seulement des restes humains datant de plusieurs années (personnes décédées lors d’une des deux guerres mondiales par exemple). Il faut ensuite les identifier. Pour cela, ils ont trois possibilités : l’ADN, les empreintes digitales et en dernier recours les dents (d’où la nécessité d’un service d’odontologie qui est une discipline très spécifique nécessitant des experts).

Etude des empreintes digitales 

C’est avec regret que nous sommes ensuite repartis vers l’amphithéâtre pour une petite présentation sous forme de vidéo du département véhicule. Cela marquait malheureusement la fin de cette visite qui restera très longtemps gravée dans ma mémoire !

Vous intéressez-vous aux sciences criminelles ? Connaissiez-vous le fonctionnement d’un institut tel que celui-ci ? Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à laisser un commentaire.

Sometimes

Sources texte :

Sources images :

*  *  *  *  *

3 réflexions sur “Ma visite de l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale”

  1. Super article très plaisant à lire ! Je me permets de te demander comment as-tu réussi pour avoir la chance de visiter le site qui me plairai beaucoup de découvrir ?
    Camille

     

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut